3- L'accuser d'un complot contre la nation.

La troisième et la plus essentielle des thématiques qui expliquent comment la violence peut décupler son intensité destructrice s'appuie sur le besoin de sécurité. Immaginaire ou réel, authentique ou manipulé, l'imminence d'un danger donne matière à la montée en puissance de la peur et du processus de violence.

Georges Bernanos écrivait lors de la guerre civile espagnole:

"La peur, la vraie peur est un délire furieux; de toutes les folies dont nous sommes capables, elle est assurément la plus cruelle. Rien n'égale son élan, rien ne peut soutenir son choc. La colère qui lui ressemble n'est qu'un état passager, une grosse dissipation des forces de l'âme... La peur, pourvu que vous en surmontiez la première angoisse, forme avec la haine un des composés psychologiques les plus stables qui soient."

La réthorique de la peur ne se contente pas d'un ennemi intérieur, cet étranger ou ce semblable hostile, sur qui on a cathalysé l'angoisse de l'inconnu, il lui faut un Autre dangereux, extérieur au pays. Cet ennemi qui menace les frontières appelle bien davantage un vocabulaire de guerre. 

C'est par là que la théorie du complot prend son envol : "Cela va de soi, cet ennemi intérieur est soutenu par un ennemi extérieur. Ce sont les mêmes qui veulent notre perte!" Les Juifs accusés  par Hitler d'avoir donné le "coup de poignard dans le dos" de l'Allemagne, provoquant sa défaite de 1918, sont aussi associés au "péril rouge" pour finalement construire l'idée d'un complot judéo-bolchevique qui rend indispensable et urgent le fait d'"agir".

L'entreprise d'élimination de ces ennemis de la nation peut enfin s'apparenter à une "guerre d'auto-défense" comme on le dira explicitement par exemple au Rwanda. Celui qui se prépare à assassiner se présente comme une victime. Par avance il se déclare innocent des crimes qu'il va commettre.

 

Cet ennemi désigné n'était déjà plus vraiment humain, il est maintenant presque plus rien, une simple chose.

"La violence, dit Simone Weil, c'est ce qui fait de quiconque une chose. Quand elle s'exerce jusqu'au bout, elle fait de l'homme une chose, au sens le plus littéral, car elle en fait un cadavre."

 

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