La Micheline de 18 h 23          extrait N° 6 page 118

 

 

 

Au dépôt à Paris on nous fait atteler trois wagons de première, juste derrière la locomotive. Une réquisition de l’occupant à conduire jusqu’à Vierzon, qu’on nous dit. Une fois à quai, à Austerlitz voilà que monte tout un bataillon en uniformes verts. Des galons comme on en avait jamais vus ! On aurait dit qu’on embarquait l’État-major d’Hitler. Nous ça nous emballait pas de promener ces messieurs, vous vous en doutez. « Si on leur organisait une arrivée en grandes pompes » que me dit Vayssettes alors qu’on approchait. Avant l’entrée en gare, au Nord de la ville il y a un tunnel bien connu des cheminots, le tunnel de l’Alouette. Long de 1237 mètres cet ouvrage d’art allait être notre complice. Il faisait chaud, les wagons roulaient toutes fenêtres ouvertes, les cols avaient été dégrafés, les casquettes ôtées, bref les conditions étaient idéales. « Charge bien le foyer, qu’il me dit alors qu’on apercevait déjà au bout de la ligne droite la gueule noire du tunnel. » Je peux vous dire que mon feu était splendide, pas un trou et une puissance du tonnerre. Quand j’ai refermé la porte du gueulard ça ronflait dur là-dedans. On s’est engagés dans le tunnel. Vayssettes s’est mis à arroser copieusement la voute du foyer avec l’arroseur de houille. Rien qu’à imaginer ce qui arrivait à nos passagers de première on était déjà morts de rire. Quand le train est ressorti du tunnel une boue noire et gluante dégoulinait des premières voitures. On a eu bien du mal à garder notre sérieux quand les beaux spécimens de la race aryenne ont quitté les wagons, méconnaissables. Quand j’y pense, on aurait pu finir entre les mains de la Gestapo ce jour-là ! Ça s’est vraiment joué à pas grand-chose

 

 

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