La Micheline de 18 h 23         extrait N° 8 page 125

 

 

- Vous disiez que c’était plus risqué à partir de Juillet 42.

- A partir de là, le gouvernement de Vichy s’est mis à redoubler de zèle dans sa logique de collaboration. Alors nous, comme bien d’autres, on est devenus encore plus actifs. Aujourd’hui on vous parle aisément de la rafle du Vel’ d’Hiv’ du 16 juillet et ses treize mille Juifs arrêtés et déportés, mais on préfère ne pas s’étendre sur celles de la zone libre qui ont eu lieu quelques semaines après. C’est que là, c’était pas les Allemands qui supervisaient le boulot vous comprenez, mais seulement l’administration française avec nos policiers et nos gendarmes. Le territoire était hors de portée directe des Allemands, rien n’obligeait le régime de Vichy à faire ça. Pourtant… c’est lui qui a proposé de déporter les Juifs du Sud de la France, les Boches, eux, ne le demandaient même pas. Plus de dix mille Juifs du Sud ont été ainsi livrés à la Gestapo et expédiés à la mort. Nous, avec Vayssettes, on a pris tout de suite conscience de la déportation parce qu’un collègue avait conduit un des premiers convois de Portet sur Garonne à Drancy. Il avait vu ces malheureux qu’on chargeait la nuit dans des wagons à bestiaux. Il les avait entendus crier aux arrêts dans les gares. Il n’avait rien fait pour eux. Il en avait honte. Il nous avait amenés voir le camp du Récébédou d’où ils étaient partis. Ce que nous en avions vu alors nous avait révoltés. Ce n’était pas le seul camp de ce genre et c’était loin d’être le pire pourtant. On a découvert qu’il en existait beaucoup dans la région. Noé, Saint Sulpice, Albi, le Vernet, Gurs, Bram, Septfonds, Casseneuil… et plus loin Rivesaltes, Agde, les Milles et bien d’autres encore. Tous mis en place pour interner ceux qu’on appelait les étrangers indésirables et qui ont servi ensuite au regroupement et à la déportation des Juifs dans le cadre de cette saloperie de solution finale. Vous savez combien la France comptait de lieux d’internement comme ceux-là ? Moi aujourd’hui je le dis chaque fois que j’en ai l’occasion parce que je n’en ai pas cru mes yeux quand j’ai lu ça… Cherchez pas Messieurs-Dames. Si on vous le dit pas, vous pouvez pas l’imaginer, tellement c’est incroyable ! En comptant les petits comme les grands, ceux qui n’ont duré que quelques mois comme ceux qui ont fonctionné plusieurs années, il y en a eu autour de deux cents des camps. Vous entendez bien : deux cents ! Aucun département français n’aurait été épargné. Ça fait froid dans le dos non ? 

 

 

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